Non ce n'est pas moi qui titre, c'est Anne-Laure Barret, journaliste au JDD dans un article, très bien renseigné, paru ce dimanche et dont voici la teneur (à noter que gygy-qui-sait-faire-les-bébés est citée dans cet article ;)) :

 

 

La France est l'un des pays pionniers de la fécondation in vitro (FIV). Mais les résultats obtenus dans les centres luttant contre l'infertilité sont encore inégaux et mal connus.

 

C’est un parcours de combattante qui commence à l’horizontale, dans l’abandon de l’anesthésie. Jeudi, à la clinique de La Muette, à Paris, l’un des 106 centres français de procréation médicalement assistée (PMA), le gynécologue François Olivennes* cible, sur son écran de contrôle, les gamètes à prélever puis réalise la ponction ovarienne. Le geste est sans douleur pour la patiente endormie: en quelques minutes, le précieux liquide orangé est transvasé dans deux flacons soigneusement étiquetés à son nom. "Il faut aller vite pour que la température de 37 °C reste constante, commente-t-il. La qualité doit être un souci permanent. Chaque détail compte, même le plus anodin en apparence."

Comme tous les spécialistes de l’infertilité, qui affecte 10 % des couples, François Olivennes avait cette semaine le cœur au beau fixe: le prix Nobel de médecine a été attribué lundi au Britannique Robert Edwards, 85 ans, le père de la fécondation in vitro (FIV), et cela sonne comme la reconnaissance – certes tardive – d’une discipline encore souvent considérée comme transgressive. Le gynécologue entend profiter de cette bonne nouvelle pour pointer certaines faiblesses de la PMA made in France. "C’est polémique mais vrai: les centres français ne sont pas les meilleurs du monde. Nous sommes largement distancés par les Américains et les Espagnols, qui ont des taux de réussite bien supérieurs. Et contrairement à ce que pensent certains de mes confrères français, ils ne truquent pas leurs chiffres!"

"La qualité a progressé mais il y a encore des différences"

"Quel centre de PMA choisir?" "Avez-vous entendu parler de ce médecin?" "Quelqu’un a-t-il changé de centre en cours de traitement?" Sur Internet, les inquiétudes de ceux qui ont des difficultés à procréer s’étalent à longueur de forums. Beaucoup rêvent d’avoir accès aux résultats des services hospitaliers et des cliniques pratiquant les FIV, comme il en existe aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Beaucoup doutent que toutes les éprouvettes du pays soient également fécondes en bébés. En 1998, la revue Sciences et Avenir avait publié un classement des centres de PMA. Si le mode de calcul utilisé pour réaliser l’étude était contestable, celle-ci a néanmoins eu le mérite de lever le tabou de l’inégale qualité des soins. Que d’écart entre les premiers (40% de réussite) et les derniers de la classe (à peine 10%)! Douze ans plus tard, selon le Dr François Olivennes, "la qualité a globalement progressé mais il y a encore de grosses différences".

Qu’est-ce qu’un bon centre? "C’est d’abord un bon laboratoire, avec du matériel performant et un personnel abondant", répond le biologiste Paul Cohen-Bacrie, qui dirige le laboratoire à la clinique de La Muette. "Les moyens sont primordiaux, confirme François Olivennes. Par exemple, plus on a d’incubateurs, ces grosses boîtes dans lesquelles sont conservés les embryons, mieux on travaille, car on ouvre moins souvent leurs portes et on évite les variations de température."

Autre impératif: le contrôle de qualité. "Il faut réfléchir à tout le processus, du prélèvement des gamètes, en passant par leur traitement, jusqu’à leur implantation. Rendez-vous compte: une laborantine qui porte du parfum ou qui est enrhumée peut perturber le processus, tout comme l’encre d’un feutre pour étiqueter un flacon. Heureusement, un guide des bonnes pratiques vient d’être diffusé partout." François Olivennes insiste enfin sur la nécessaire qualité du binôme formé par le gynécologue et le biologiste, ainsi que sur la formation des médecins: "L’hyperspécialisation telle qu’on la pratique aux Etats-Unis a du bon. Chez nous, beaucoup font des FIV mais aussi de l’obstétrique, de la chirurgie ou de la cancérologie…"

Un registre de la procréation médicalement assistée

Pionnière dans les années 1980, la France est-elle vraiment à la traîne? Les doutes émis par le Dr Olivennes sont loin d’être unanimement partagés. "La qualité dans les centres est globalement bonne. Il n’y a pas de moutons noirs", s’agace ainsi le Pr Israël Nisand, du CHU de Strasbourg. "Les taux de succès ont complètement changé. Très peu de centres sortent de la moyenne", martèle en écho Joëlle Belaïsch-Allart, chef du service de gynécologie à l’hôpital de Sèvres, en banlieue parisienne.

Présidente de l’Association de patients Pauline et Adrien, Dominique Lenfant estime, elle, que les inquiétudes enregistrées sur Internet reflètent les difficultés psychologiques des couples confrontés à la stérilité: "Ceux qui sont satisfaits de leur centre n’ont pas forcément le temps de poster des messages positifs. Ils s’occupent de leurs bébés!" Pour clore la polémique, l’agence de biomédecine, chargée par l’Etat de contrôler la PMA, a entrepris de constituer un registre des FIV. "On ne rendra pas cet outil public, mais on s’en servira pour aider les centres les moins performants à améliorer leurs résultats", promet Françoise Merlet, médecin chargé de la PMA à l’agence de biomédecine.

Certains centres n’ont pas attendu que l’Etat s’en mêle pour faire leur autocritique. En 2002, au cours d’une visite à Bruxelles dans le centre de pointe piloté par le Pr Paul Devroey, le docteur Anne Guivarc’h, qui officie à la clinique mutualiste La Sagesse, à Rennes, réalise que son travail manque de rigueur. Elle sollicite illico un audit de l’équipe belge et, dans la foulée, met en place un système de qualité très performant fondé sur la rigueur. "Nos résultats se sont améliorés de 15% et nous sommes désormais largement au-dessus de la moyenne. ça n’a pas été facile à vivre mais au final, quelle révolution!"

 

* N’attendez-pas trop longtemps pour avoir un enfant, Odile Jacob.

 

La FIV en chiffres

10% des couples dans le monde connaissent des problèmes de stérilité.
4 millions de bébés-éprouvette sont nés depuis Louise Brown en 1978.
Entre 25.000 et 30.000 couples s’adressent chaque année en France aux 106 centres de PMA.
20.657 enfants sont nés en France en 2007 grâce à la PMA, soit 2,5% du total des naissances.
Plus de 5.300 enfants ont été conçus en 2007 à la suite d’une insémination artificielle. Les chances de grossesse sont alors de 12,4%.
11.967 enfants sont nés en 2007 après une FIV. Les chances de grossesse sont de 24,5 % pour une FIV classique et de 25,9 % pour une FIV avec micro-injection de spermatozoïdes dans l’ovocyte (ICSI).
6 % de l’activité de PMA fait appel à un don de spermatozoïdes ou d’ovocytes.
Un enfant sur 500 en France naît grâce à un don de gamètes (spermatozoïdes et ovocytes).

Source: Agence de biomédecine

 

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http://www.lejdd.fr/Societe/Sante/Actualite/Infertilite-La-France-a-la-traine-225706/

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