Cet ouvrage est paru en début d'année (7 avril 2010) chez Calmann-Lévy.

 

Moins connu que celui qui a conçu le premier bébé éprouvette français, son auteure n'en est pas moins celle qui la fait naître... Violaine Kerbrat est la sage-femme qui a mis au monde Amandine.

Elle le raconte d'ailleurs ici aussi : link

 

Un bel article de Anne Vidalie est paru sur le site de L'Express le 15 avril dernier.

 

Un enfant, à quel prix ?

Elle a vécu l'épopée de la procréation assistée. Violaine Kerbrat livre ses Secrets de sage-femme: des questions éthiques aux épreuves que traversent les couples.

De la procréation médicalement assistée (PMA), Violaine Kerbrat, 61 ans, sait (presque) tout. Sage-femme à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine) depuis 1973, elle a suivi les premiers pas des pionniers de la fécondation in vitro, le Pr René Frydman et le biologiste Jacques Testart. Mis au monde Amandine, le premier bébé-éprouvette, le 24 février 1982. Vu naître Valentin, l'un des premiers enfants, en France, issus d'embryons congelés. Accompagné les couples autorisés à faire appel au diagnostic préimplantatoire (DPI), qui vise à sélectionner les embryons sains. Ceux, aussi, qui conçoivent un "bébé médicament", dans l'espoir qu'il permette, grâce à la thérapie génique, la guérison d'un frère ou d'une soeur atteint(e) d'un mal incurable.

 

Autant d'étapes dans l'épopée de la PMA, autant de victoires contre la stérilité des couples et la fatalité de la maladie dont Violaine Kerbrat livre le captivant récit dans Secrets de sage-femme (Calmann-Lévy).

"Quand on est face à un cas désespéré, on craque. Tant de couples sont confrontés à la difficulté de concevoir..."

Entre espoir et doute, émerveillement et vertige face à "toutes ces nouvelles techniques [qui] nous donnent l'illusion d'une quasi-toute-puissance", elle confie également ses interrogations lancinantes. "Si une femme ne peut pas porter d'enfant, si un homme ne peut avoir de descendance, faut-il s'y opposer? Ne faut-il pas respecter ces limites?" questionne-t-elle dans son minuscule bureau du pavillon Jean-Dalsace, où les dossiers s'entassent dans leurs grandes enveloppes de papier kraft.

 

Mais, bien vite, l'empathie reprend le dessus: "Quand on est face à un cas désespéré, on craque. Tant de couples sont confrontés à la difficulté de concevoir... Je les croise tous les matins, massés devant la porte dès 7 heures." Son regard glisse alors vers les bouilles de nourrissons qui illuminent son mur beige, souvenirs des "belles histoires", comme dit cette mère de trois grands garçons, épouse d'un gynécologue... spécialiste de PMA.

A défaut de résoudre les équations éthiques posées par le progrès des techniques de reproduction, Violaine Kerbrat aimerait mettre en garde les futurs parents contre leurs propres limites. Leur ouvrir les yeux sur les lendemains qui, parfois, déchantent. "Ils sont tellement obsédés par leur problème de fertilité qu'ils en oublient leur couple, souligne-t-elle.

 

Un bébé à tout prix

J'ai rencontré des hommes et des femmes disposés à tout endurer pour concevoir et qui, une fois le but atteint, se sont séparés. Où est passé leur désir si puissant de construire une famille?" Il avait sûrement déserté ce père qui s'est battu comme un diable pour avoir une descendance. Lorsque sa femme a accouché de triplés, il est parti, accablé, dépassé. "Je me sens comme un poisson rouge au fond de la mer", a-t-il glissé à la sage-femme.

Le recours au don de gamètes, ovocytes ou spermatozoïdes, n'est pas sans danger non plus. "Pour que cela se passe bien, il faut que l'homme et la femme soient pleinement désireux d'y recourir, et non pas que l'un se soumette pour faire plaisir à l'autre", avertit Violaine Kerbrat.

 

La sage-femme aux mille histoires n'oubliera jamais cette quadra, déjà mère de famille, partie au Canada pour un don d'ovocyte, et qui ne parvenait pas à câliner son nouveau-né - "Je n'arrive pas à le considérer comme le mien", disait-elle. Ni cette femme, enceinte grâce au sperme d'un donneur, qui dut être hospitalisée pour dépression. A ces hommes et ces femmes qui veulent un bébé à tout prix, sans toujours en mesurer le coût, Violaine Kerbrat adresse cette mise en garde: "Oui à un enfant autrement, mais pas à ses dépens."

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