On ne rencontre jamais les gens par hasard
12 juin 2010Conversation hier soir tard avec une ex-collègue non greluche donc devenue copine ;)
Elle ne sait pratiquement rien de nous, au sens de nous couple d'invalides et paranges.
Parange oui, un jour où je n'en pouvais plus de La greluche , j'avais fini par lui confier je crois.
Je lui redemande sa date de naissance, puis je ne sais comment cela arrive dans la conversation...
Elle me dit qu'avant elles (elles au pluriel car elle a une jumelle), ses parents ont eu une petite fille.
Petite fille mort née un certain 31 décembre.
Une petite fille attendue 6 ans il y a 35 ans.
Mort née à cause d'une fichue rubéole de merde contractée par sa mère, qui elle-même l'avait contractée via un enfant de leur famille.
Une famille où une tante a eu chaque année pendant sept ans un enfant, quand sa soeur attendait pendant 6 ans !
L'incompréhension de la tante.
Une tombe qui porte son nom de famille, celui de ce petit ange envolé un certain 31 décembre.
Une mère inconsolable tous les 31 décembre depuis bientôt 35 ans.
L'arrivée deux années plus tard, quasi jour pour jour, de jumelles, comme qui dirait une revanche...
Je lui ai confié notre histoire sans rentrer dans le détail des pochettesjaunes, et en même temps peut-être qu'un jour ma copine passera par ici et lira ces lignes.
Je lui ai demandé si elle avait souffert de ce deuil même si elle n'avait pas connu le drame.
Je voulais avoir son avis sur comment en parler plus tard à l'oisillon.
Non elle n'en a pas souffert. Il faut en parler.
Ceci étant dit, tous les 31 décembre, même si elles n'y sont pour rien, les jumelles préfèrent ne pas être avec leur mère ce jour là; elles s'éclipsent.
Cet échange sur MSN m'a particulièrement troublée, j'en ai pleuré, les larmes coulaient sur mes joues, je pensais à notre petite fleur, à mon petit chat adoré, je pensais à cette maman endeuillée 35 ans plus tôt avec des galères bien similaires mais dans un contexte d'il y a 35 ans ! J'ai pensé à ce signe de cette maman que ma copine devait nous présenter sur un week-end que nous avons du annuler parce que l'oisillon ne s'en sortait pas de sa toux. Cette maman qui sans rien savoir de nous était très déçue de ne pouvoir nous rencontrer.
J'ai pensé à elle, à toutes les mères endeuillées, à cette saloperie de rubéole, à Bonnemine qui ne doit en aucun cas se faire approcher de gamins qui se traînent ces saloperies de maladie, putain j'ai pensé qu'il ne fallait pas déconner là, j'ai pensé qu'on ne rencontrait donc jamais les gens par hasard.