Édition du jeudi 16 septembre 2010.

Article par Sophie Guiraud, journaliste au Midi Libre.

 

Source : http://www.midilibre.com/articles/2010/09/16/A-LA-UNE-Les-limites-de-l-infertilite-repoussees-1385959.php5

 

Montpellier- Les limites de l’infertilité repoussées

 
Les spermatozoïdes, objets de toutes les attentions, sont testés avant d’être sélectionnés. Jusqu’où repoussera-t-on les limites de l’infertilité ? À Montpellier, la clinique Saint-Roch expérimente, depuis le printemps, un procédé qui ouvre une nouvelle piste à des couples en échec de grossesse.

Actuellement, lorsqu’on a recours à une procréation médicale assistée, la technique permet de choisir les spermatozoïdes destinés à féconder l’ovule féminin en fonction de leur apparence, et plus particulièrement à leur tête. Sans faire de délit de faciès, on sait aujourd’hui que ceux qui sont mal formés, et plus particulièrement qui ont des trous dans le noyau (des vacuoles) ont de grands risques de limiter les chances de grossesse aboutie. Pour les

repérer, il fallait néanmoins arriver à grossir 6 600 fois les gamètes mâles, contre 400 fois à peine généralement. C’est fait. La technique combine les progrès de l’optique (un objectif très puissant) et de l’informatique (un logiciel très performant). Elle offre une image inédite des spermatozoïdes, avec des têtes de 3 à 4 centimètres sur l’écran de sélection des techniciens. Mise au point par une équipe israélienne, elle démarre doucement en France. À Montpellier, une dizaine de couples l’ont testée, avec deux grossesses en cours.

« Tout le monde ne pourra pas en bénéficier. C’est un procédé que l’on réserve à des couples qui ont derrière eux plusieurs échecs inexpliqués de fécondation in vitro, des fausses couches, des difficultés d’implantation de l’embryon dans l’utérus », explique Gilles Régnier-Vigouroux, directeur du centre d’aide médicale à la procréation de l’établissement. Il met néanmoins beaucoup d’espoir dans le procédé, sachant que l’infertilité masculine représente 40 % des indications des couples qui arrivent à Saint-Roch, le plus gros centre de fécondation in vitro du Languedoc-Roussillon (1 050 tentatives en 2009), parmi les dix plus importants en France. Et le problème ne devrait pas s’améliorer dans les années à venir : selon l’organisation mondiale de la santé, le sperme masculin est de moins en moins riche, avec des spermatozoïdes de moins en moins actifs.

« Jusque-là, on sélectionnait les spermatozoïdes les plus mobiles. C’était un peu comme aux Jeux Olympiques. Les premiers étaient susceptibles d’être les meilleurs », rappelle Gilles Régnier-Vigouroux. Mais on sait que ça ne suffit pas, et le casting est plus précis. Il faut en plus avoir une "belle gueule" pour être candidat à la micro-injection, une technique des années 1990 qui a déjà fait reculer les limites de l’infertilité masculine grâce à l’introduction directe d’un spermatozoïde minutieusement sélectionné dans un ovule. Les deux tiers des Fiv sont réalisées selon ce procédé, qui touchait ses limites. « On ne savait pas trop quoi proposer aux couples en échec. On parlait de malchance », glisse Gilles Régnier-Vigouroux.

Demain, on ira encore plus loin : « On testera la réaction des spermatozoïdes par rapport à certains enzymes, qui donneront une indication sur leur maturité. »

Sans franchir les frontières de l’éthique : « On n’est pas du tout dans la sélection génétique. On élargit les critères de choix. » Et le potentiel de couples de devenir de futurs parents. En France, en 2009, 20 000 des 800 000 naissances sont des bébés conçus grâce aux progrès de la procréation médicale assistée.

 
Certification : la procédure est très connue dans le milieu économique, un peu moins dans la santé. Le centre AMP de la clinique Saint-Roch vient d’être certifié Iso 9001, une "labellisation" qui récompense une exigence de qualité, tant dans l’accueil que dans la prise en charge des patients.
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