Comment se fait-il que je me sente aussi gênée au restaurant quand il s'agit de demander de me changer un plat car rien de ce qui est proposé au menu ne correspond à ce que le saucisson brioché que je suis, a le droit de manger ?

Tout simplement parce que la première fois où la chose s'est présenté, à Paris, le 26 juillet dernier, nous déjeunions avec une tablée d'inconnus. Je n'avais pas l'intention d'expliquer haut et fort pourquoi je ne pouvais pas manger le carpaccio de saumon du menu "groupe". J'ai donc demandé discrètement à la patronne du restaurant si on pouvait changer le plat en chuchutant "car je suis enceinte et je n'ai pas le droit".
Pas de souci avec un grand sourire complice. A l'arrivée de mon plat, des nems aux langoustines, je n'ai pas échappé aux regards interrogatifs de certains autres convives.
"Parce que vous êtes allergique?"
- Non parce que j'attends un petit bébé et le poisson cru est interdit.

Hier soir encore j'ai dû demander à changer l'entrée. Pourtant il y en avait des plats alléchants (crumble d'oie fumée et coquilles Saint-Jacques, terrine de chèvre frais - non pasteurisé - au basilic façon toscane, tarte fine à la pomme et à l'andouille de Guéméné), mais aucun qui ne s'accordait avec mon "état".
Pas de souci là encore, on m'a servi, et sans supplément, une salade tiède d'écrevisses à l'orange.
Néanmoins, j'étais gênée pour cette jolie serveuse car je me disais "Peut-être qu'elle galère en PMA et moi je lui fais un sketch ?!".
Puis, face à monsieur Djémie qui me faisait comprendre qu'il ne fallait pas que je me sente gênée, je me suis raisonnée et je me suis dis, très égoïstement, que si c'était le cas, si cette jeune femme était en galère et bien  "A chacun son tour d'avoir sa merde. Je ne peux pas éponger tous les malheurs des autres, et encore moins ceux des inconnus, je n'ai pas le droit de m'excuser de faire attention à cette grossesse après tout ce que nous avons traversé, je n'ai pas le droit de me dire qu'avec ce gros bidon, je fais peut-être du mal aux autres".

Il n'empêche que j'ai tellement souffert de la grossesse des autres, que je ne peux m'empêcher de me mettre à la place de celles qui galèrent encore, je ne peux m'empêcher dans plein de moments de mon quotidien, cette empathie.

Et encore maintenant parfois, je ne comprends pas les autres, celles qui ne sont pas passées par la PMA (ou celles qui oublient qu'elles y sont passées)... ou plutôt je les envie de ne pas se poser ce genre de questions existentielles. Oui j'en viens à les envier ! A envier ces greluches qui m'ont tant pourri mon deuil.

Pourtant il va bien falloir que je me recentre et que je parvienne à m'affranchir de cette forme de culpabilité, petit à petit.
Parce que ça devient invivable. Rajoutez à ça, cette petite angoisse permanente que tout s'arrête, je suis au bord de l'implosion.

Je suis une torturée c'est certain ! Pour sûr je suis enceinte pour être aussi ravagée ! :D
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